Il est désespérant de nos jours, dans un pays tel que la France, de constater que le terme “handicapé(e)” inquiète ou affole encore. Pour beaucoup, la première vision à l'entente de ce mot est celle d'une personne paralysée sur un fauteuil roulant et/ou, souvent, un retard psychologique. Atteinte d'une Infirmité Motrice Cérébrale de type quadriplégie, ce “jugement” m'exaspère... Je suis née avec le cordon ombilical autour du cou de sorte que mon cerveau a manqué d'air. Certes, celui-ci a été endommagé, il ne contrôle que partiellement chacun de mes mouvements mais ma capacité intellectuelle en est sortie indemne ! Et pour cause, je suis titulaire d'un baccalauréat et me lance dans une formation d'écrivain public.
Si le jugement de personnes “valides” me met dans une colère extrême, il en est de même de leurs attitudes quotidiennes. Si elles se mettaient ne serait-ce qu'une seule journée dans notre situation d'handicap, je pense qu'elles comprendraient énormément de choses et notamment à quel point c'est gênant de ne pas avoir accés aux places de parking réservées. Il m'est tout aussi important qu'elles s'imaginent quel serait leur resenti face à certains jugements.
Une personne à mobilité réduite a les mêmes capacités intellectuelles que peut avoir une personne dite “normale”. Mais, au fait, qu'entendons-nous par ce terme de “la normalité” ? “La normalité” est définie par “une conformité du comportement ou des goûts (de quelqu'un) à ce qui est considéré comme le plus fréquent et le plus naturel”. Le mot “valide” est donc ici déjà plus préférable et acceptable. Contrairement à une personne “valide”, l'individu n'ayant pas la liberté de ses mouvements va redoubler de persévérence pour “remplacer ses capacités motrices en étant beaucoup plus exigeant avec ses capacités intellectuelles”. Ceci peut être considéré comme une sorte de compensation pour la personne reconnue handicapée de parvenir à un certain statut égal à côté d'une autre personne ne présentant pas de problèmes médicaux apparents.
Un handicap moteur est une force mentale insoupçonnée. Quand le corps dysfonctionne, l'esprit s'éveille à son maximum et chaque effort d'ordre intellectuel ou physique devient alors une force mentale. Je ne peux progresser qu'en acceptant ma déficience motrice et me mettre des objectifs à atteindre.
En ce qui me concerne personnellement, dès que j'ai été en âge de comprendre ma “différence” (je préfère le terme de “singularité” mais la société parle de “différence”, allez savoir la justification qu'elle donne), mes parents m'en ont fait prendre conscience en m'invitant à l'accepter. De ce fait, j'ai rapidement compris que compenser mes capacités motrices avec mes capacités intellectuelles était fondamental. Si l'on veut que le terme d' “égalité” prenne tout son sens, dans mon cas, je n'ai guère le choix que de cultiver la meilleure intelligence que je puisse récolter. Pourtant, si deux candidats postulent pour un même poste de comptable, une personne valide et une autre personne handicapée, celle qui sera recrutée à 99,99 % est celle qui ne représente aucune difficulté d'ordre moteur. Ceci s'appelle tout simplement, n'ayons pas peur d'employer les termes qui conviennent, de la “discrimination”. En postulant par courrier, il ne faudrait donc, de préférence, pas mentionner sa condition physique. Je ne suis pas d'accord, je suis atteinte d'un handicap assez conséquent pour en faire abstraction. Je vis au quotidien avec, impossible de faire “comme si”.
Si je devais à tout prix utiliser le terme de “différence”, je dirais que la différence est une richesse à la portée de tous et de chacun mais que trop peu de gens prennent la peine d'aller creuser au plus profond d'eux. Et l'indifférence c'est ignorer que tout peut basculer du jour au lendemain et que faire comme si cela n'arrivait qu'aux autres. Or, je tiens à rappeler que ce n'est pas parce qu'on est valides qu'on est intouchables ! Justement et j'ai même envie de dire bien au contraire ! Lorsqu'on est né handicapé, on peut dire que rien ne peut nous arriver de pire. Nous avons déjà tort, un accident peut aggraver notre état. Mais pour une personne valide devenir infirme c'est être confrontée à la dure réalité que La Vie lui a imposé en si peu de temps. Accepter que rien ne sera plus jamais comme avant et faire le deuil de sa liberté.
En conclusion, j'aimerais que les gens valides nous respectent pour notre combat que nous menons au quotidien. A l'heure actuelle, nous sommes confrontés encore à de nombreux combats en plus de celui que nous imposent nos problèmes médicaux. Notre combat nous serait simplifié si la société nous attribuerait une place digne de notre force !
Selon beaucoup de témoignages de personnes infirmes, la douleur la plus forte est
celle du regard des autres. Alors, la prochaine fois que vous verrez une personne handicapée,
pensez-y et restez naturel, serviable ou égoïste, selon votre caractère, mais humain !
Et surtout... Surtout... CA N'ARRIVE PAS QU'AUX AUTRES ! ! !